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Soccer player in orange and navy kit walking on a grass field with a blurred stadium crowd in the background, looking down at the ground.

Khalil Fayad, un si triste symbole

Samedi 2 mai 2026, MHSC – Clermont-Foot, 51e minute. En une fraction de seconde, les supporters pailladins se taisent et comprennent que l’inéluctable est sur le point de se produire, alors qu’ils voient Geoffrey Kubler diriger sa main droite vers sa poche : Khalil Fayad, déjà (sévèrement) averti en première période, et qui vient de commettre une faute maladroite et stupide, va écoper d’un second avertissement, mérité celui-ci. Un carton rouge lourd de conséquence : le jeune milieu de terrain va laisser ses coéquipiers en infériorité numérique pour presque toute la seconde période, au moment où l’équipe se battait encore pour accrocher le barrage d’accession. Un carton rouge également synonyme de fin de saison pour le joueur. Un si triste symbole, comme pour boucler la boucle d’un nouvel exercice compliqué pour le numéro 10 héraultais.

Tout d’abord, entendons-nous bien : il n’est nullement question ici de tirer sur l’ambulance. Le premier à être abattu était, et est probablement encore, Khalil lui-même. L’avalanche d’insultes et de menaces lues depuis samedi soir sur les réseaux sociaux qui le visent lui ainsi qu’Alexandre Mendy est d’ailleurs absolument scandaleuse et révélatrice de la bêtise facile de certains, bien planqués derrière leur anonymat. Non, ici, il s’agit de faire le bilan, d’être aussi lucides que possible et d’essayer de comprendre.

Car cette fin de saison malheureuse de l’international U20 français met hélas en lumière les nombreux espoirs déçus qui ont été successivement placés en lui.
Au moment de signer son contrat professionnel, d’abord. Il est toujours bon de rappeler que Khalil Fayad était considéré comme le plus grand talent du centre de formation de Grammont. Ses atermoiements avaient pu en agacer certains à l’époque, mais c’est bien son club formateur qui avait fini par décrocher la timbale en juillet 2022.
Lorsqu’il fut lancé par Olivier Dall’Oglio, puis régulièrement utilisé par Michel Der Zakarian et Jean-Louis Gasset, ensuite. Présenté comme « un numéro 8 capable de casser les lignes par son sens de la passe et très habile sur coup de pied arrêté » (site officiel du MHSC), il a finalement peiné à montrer ses qualités. Circonstances atténuantes : il fut freiné par les blessures et bringuebalé de l’aile gauche aux divers postes du milieu et, par bribes, en numéro 10.
Toujours est-il qu’il a eu du mal à s’imposer véritablement dans le onze voire dans les seize de ses coachs successifs, quel que soit le rôle qui lui était confié.

Soccer players in orange and navy uniforms high-five near the sideline during a match, with a referee and coach nearby.
Crédit IconSport

Enfin et surtout durant la préparation et lors de ce début saison 2025-26, où Zoumana Camara semblait faire de lui le dépositaire du jeu des Pailladins. Une énième blessure dès le match d’ouverture a rapidement eu raison des velléités de l’entraîneur.

Le constat est aujourd’hui amer, avec une quatrième saison frustrante d’affilée. Alors qu’il devait, aux yeux du staff et de certains observateurs, supplanter Téji Savanier, on ne l’a en réalité jamais vu, ou presque, prendre la mesure de sa mission, faire étalage de sa palette technique, distiller des passes qui cassent les lignes, marquer des buts importants, bref, être un leader technique.
En termes de statistiques, le bilan de l’exercice est maigre lui aussi : un but et une passe décisive, les deux étant survenus lors du match largement maîtrisé par le MHSC, en supériorité numérique pendant 70 minutes, contre l’AS Nancy-Lorraine, en octobre dernier (4-1).

Et plus les saisons passent, moins Khalil Fayad joue en championnat : 24 matchs en 2022-23, 23 matchs en 2023-24, 20 matchs en 2024-25 et 20 matchs encore en 2025-26. Pour un total de quatre buts et trois passes décisives en quatre ans, L1 et L2 confondues. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes.
De plus, comme un affront supplémentaire, cette expulsion fait de 2025-26 la saison où il aura bénéficié du moins de temps de jeu effectif depuis ses débuts en professionnel, à une minute près (701 minutes cumulées contre 702 en 2022-23).

Coté à 5 millions d’euros lors du mercato hivernal de 2024, Khalil Fayad a par conséquent vu sa valeur marchande dégringoler à 1,8 million, deux ans et demi plus tard. Un fait rare pour un footballeur de pas encore 22 ans, âge auquel, en général, les talents émergents commencent à cumuler du temps de jeu et de l’expérience. Une étape de carrière qui fait souvent d’eux un investissement sérieux à long terme pour les éventuels acheteurs et une belle somme à récupérer pour les vendeurs.

Une fois qu’on a fait ce constat, que dire ? À qui la faute ? À quoi bon dégommer le joueur aujourd’hui ? Peut-être s’est-il vu trop beau au moment de négocier son premier contrat ? Peut-être que d’autres l’ont vu trop beau, alors qu’il n’était encore qu’un très jeune joueur ? De toute évidence, aujourd’hui, il lui faut prendre le taureau par les cornes afin de lancer réellement sa carrière, quatre ans, tout de même, après l’avoir débutée.

Young man wearing large over-ear headphones and a navy jacket stands on a blurred blue stadium backdrop, looking to his left.
Crédit IconSport

Quitte à partir loin de l’Hérault, voir si l’herbe est plus verte. Car les occasions qui lui ont été offertes de prouver au club qu’il pouvait compter sur lui ont été nombreuses et, hélas, vaines. À ce jour, un départ semble la solution la plus intelligente pour toutes les parties. Il lui reste un an de contrat au MHSC. À voir si les prétendants reviendront toquer à la porte, alors que des rumeurs d’un intérêt de Brøndby, au Danemark, avaient circulé lors du dernier mercato d’hiver.

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