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Souviens-toi, c’était… Jérôme Bonnissel #4

Place au troisième volet de la chronique signée Babar, fidèle lecteur du site et supporter pailladin, qui poursuit sa rétrospective consacrée aux joueurs ayant marqué l’histoire du club.
Ce nouvel épisode met à l’honneur Jérôme Bonnissel, le latéral gauche aux 139 apparitions sous les couleurs montpelliéraines.

Le gamin du coin

Entre la Cadoule et le Salaison, le vent du Sud transporte l’odeur des pins, du thym, du romarin, de la poussière chaude et des rochers calcaires de garrigue chauffés par le soleil, là où même les cigales semblent transpirer.

Là-bas, autour des vignes de Vendargues, un gamin s’applique à lever la tête avant de centrer.
Un gamin du coin.
Un vrai.
Pas celui qu’on revendique après coup.
Lui, c’est Jérôme Bonnissel et il est né ici.

Les racines de la Paillade

À son epoque, le MHSC, c’est une pépinière à ciel ouvert, un football vrai, authentique.
On forme local, on parle fort, et on joue dur.

Le centre de formation bourgeonne, Montpellier a du nez : Avec Jérôme, la Paillade debouchonne Carotti, Lefèvre, Serge Blanc, Rouvière, Alicarte, Sanchez… La nouvelle génération pousse, pleine de soleil et de caractère. Les pousses vertes prennent racine, puis les rameaux se transforment en bois, solides et fiers… Le cru est prometteur. En rétro-olfaction, de beaux arômes se dévoilent… comme un jeune latéral qui sait qu’il ne sera jamais juste un second choix.

Jérôme Bonnissel en est un des symboles.
Latéral gauche véloce, élégant sans être effacé.
Un joueur qui lit le jeu comme d’autres lisent les nuages avant l’orage : d’instinct.

Son pied gauche ? Une caresse ferme.
Toujours juste. Jamais de chichi.
Il joue propre, travaille, parle peu, transpire beaucoup.
Le genre de joueur dont la Mosson tombe sous le charme sans prévenir. Parce que le gamin, « il se la colle ».

Sous le maillot Bleu et Orange Adidas original : Eurest ou RTL placardé en plein centre, il incarne cette Paillade d’entre-deux : pas encore durablement installée, plus vraiment outsider, toujours fière.

Le stade de la Mosson est encore un vrai stade du Sud au cœur d’un quartier populaire : ensoleillé, chaud, à moitié debout, à moitié en travaux, mais toujours vivant.
Et dans cette ambiance brute, Bonnissel apporte sa touche de soie.

Un pied gauche capable de déposer un ballon dans la zone qu’il faut après une course effrénée ou une intervention ravageuse, manière de dire au gars d’en face : « Soì d’Aquì – Ce terrain c’est chez moi. »

Un latéral gauche en avance sur son temps, loin des clichés des arrières qui ne dépassent pas le milieu de terrain, qui taclent fort et sont responsables des touches. Bonnissel défend, monte, attaque, contre-attaque, déborde, centre…

4 saisons professionnelles, 139 matchs sous les couleurs Héraultaises et le petit gars du cru fait ses bagages…

Le Sud à l’heure espagnole

Plus tard, l’enfant du pays s’envole pour La Corogne.
Le Deportivo, c’est du sérieux : le nouveau club ambitieux d’Espagne, à l’époque où la Liga joue avec classe, justesse, sueur et cheveux gras…

Mais là-bas, les blessures s’en mêlent.
Les jambes disent stop quand la tête veut courir.
Bonnissel découvre la dureté du très haut niveau, la solitude des rééducations.
Mais il garde ce flegme, cette classe naturelle qu’on lui connaît. Le goût de l’effort, la patience, la force tranquille d’une terre de garrigue.
Terre rugueuse, qui se fracture comme une lèvre gercée, mais qui garde encore la vie. Fissurée, mais jamais vaincue.

Arsène Wenger lui passe un coup de fil, puis un autre… comme si son pied gauche pouvait traverser la Manche. On a cru qu’il filerait à Arsenal… et puis non.
Le genre de transfert qui reste suspendu dans l’air, comme un ballon quillé dans un platane qui ne tombe jamais.

Retour en France – La maturité girondine

Sur les coteaux du Médoc, les Bordelais viennent d’être champions.
Jérôme revient en France. Le Médoc lui va bien : du caractère, du jeu, des valeurs… comme un grand cru qui se dévoile doucement mais qui marque les esprits.

À gauche, il devient une référence. Une icône du club au scapulaire, une figure du championnat.

Et forcément, la Mosson ne l’oublie pas.
Quand il revient, les tribunes le chahutent.
Un mélange de jalousie et sûrement de tendresse.
Comme une ex qu’on recroise, plus belle qu’avant, et qu’on préfère taquiner pour ne pas avouer qu’elle nous manque. Surtout quand elle appartient désormais a un autre…

« Oui, c’est lui Jérôme et qu’il n’a pas changé… Qu’il est toujours celui qu’on aimé… »

Les Bleus, presque…

Capitaine des Espoirs, pilier de l’équipe de France A’, sélectionné au JO d’Atlanta…
Le futur lui tend les bras.
Mais pour l’équipe de France, la place est… bouchonnée.
Devant lui : Bixente Lizarazu, l’ex-Bordelais, et Vincent Candela, un autre Héraultais… 
Forcément, ça coince.
Mais Bonnissel n’en fait pas un drame.
Toujours la tête haute, la classe tranquille.

Depart pour La Grande-Bretagne

D’abord Glasgow, l’Ibrox Park, les Rangers.
Pluie froide, tacles qui claquent. Un football où on juge les hommes à l’impact, pas à la réputation. Les Rangers, c’est du costaud : du sang, de la sueur et des tribunes qui rugissent plus fort que le vent.

Puis Londres, les briques rouges, Fulham, la Premier League.
Face aux géants d’Angleterre, il joue simple, juste, propre.
Craven Cottage découvre l’élégance sans les projecteurs.
Il apporte autre chose : un peu de Sud dans les veines, comme un bon verre de vin français sur une table d’un pub anglais.

Sardinade, pour presque boucler la boucle :

Retour dans le Sud de la France, sous les couleurs de l’OM.
Un passage éclair, même anecdotique.
Assez pour sentir l’odeur du sel, pas pour y poser ses racines. Comme si Jérôme se demandait pourquoi il était la. Pour finir sa carrière pas trop loin de la maison.

Après les crampons – le recrutement

Vient le temps de la deuxième vie.
Bordeaux, Lyon, Rennes… Rien que ça.
Toujours dans l’ombre, mais jamais loin du jeu.
Un œil juste, une parole rare.

Aujourd’hui encore, à Montpellier, face à des difficultés à recruter, dans un club peu inspiré, certains murmurent :
« On ne serait pas contre le fait d’avoir un enfant d’ici qui a vu du pays… »
Un type qui connaît la terre, pas juste le terrain.
Un gars qui a grandi entre les vignes, la poussière, les cigales et la Mosson.
Un homme qui sait reconnaître la qualité — comme on reconnaît un grand vin.

Mais son expérience, désormais, se verse ailleurs : du côté du Standard de Liège, où il dirige le recrutement. Un bon vin français dans un verre de bière Jupiler.

Avant d’être recruteur, il a été Pailladin.
Avant d’être Pailladin, il a été un gamin d’ici.

Souviens-toi…
Ce pied gauche.
Cette classe.
Ce calme.
Cette intensité.

Un vin a la fois Soyeux et Tannique…

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