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Sylvain Kastendeuch : « En 1990, pour moi, ça s’est joué entre Montpellier et Saint-Étienne »

Son nom parle certainement toujours aux moins jeunes d’entre nous. Légende du FC Metz, international français à neuf reprises entre 1987 et 1989, Sylvain Kastendeuch aurait bien pu poser ses valises du côté de l’Hérault à l’aube de la dernière décennie du XXe siècle.

Dans une interview en deux parties accordée au passionnant Podcast des Légendes, celui qui était surnommé « le Laurent Blanc lorrain » et qui n’a jamais reçu le moindre carton rouge en 711 matchs professionnels revenait sur son livre, paru en novembre. Pêle-mêle, il y retrace son parcours difficile en formation, les bizutages de vestiaire et le harcèlement dont il a fait l’objet à l’internat, son physique atypique qui l’a desservi plus jeune, mais également et surtout sa longue carrière professionnelle (1982 à 2001).

Si son nom évoque immanquablement le FC Metz, le libero longiligne (1,82 m pour 67 kilos) a toutefois connu trois autres clubs : le Red Star en prêt (1984-85), Toulouse (1993-94) mais aussi l’ASSE entre 1990 et 1993. Et c’est précisément cette année 1990 qui nous intéresse.

En effet, à l’intersaison 1990, cela fait déjà plus d’un an que Michel Platini n’a plus fait appel à lui en équipe de France. Convaincu que le fait de défendre les couleurs d’un club discret le dessert, Sylvain Kastendeuch souhaite quitter le FC Metz pour rejoindre une destination plus exposée médiatiquement, dans l’espoir de retrouver la sélection tricolore.
Si plusieurs clubs prennent contact de loin, seuls deux présidents prennent l’initiative de décrocher eux-mêmes leur téléphone pour s’entretenir avec lui : André Laurent, qui souhaite ramener Saint-Étienne au firmament, et Louis Nicollin, qui cherche un remplaçant à Julio César, ce dernier ayant tout juste posé ses valises du côté de la Juventus de Turin.

Rappelons qu’un an plus tôt, le MPSC devenait MHSC, s’associait au département et à la municipalité et se voyait accorder davantage de moyens, avec en ligne de mire une professionnalisation accrue. En 1990, ce nouveau MHSC remportait la Coupe de France et s’apprêtait à jouer la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe. Un club aux ambitions affichées, donc.

Le défenseur mosellan revient sur cet épisode : « À l’époque, je n’avais pas d’agent. Je n’ai pas trop su. Comme j’étais sous contrat, c’était Carlo Molinari (président du FC Metz, NDLR) qui s’occupait de cette dimension là. Ce qui est sûr, c’est que Louis Nicollin, le président de Montpellier, et André Laurent, celui de Saint-Étienne, étaient les deux président avec qui j’ai eu l’occasion de m’entretenir et avec qui j’ai pu, sinon négocier, au moins discuter. Il y a eu d’autres approches que je n’ai pas approfondies, donc ça s’est joué entre Montpellier et Saint-Étienne. »

Sylvain Kastendeuch en 1990 avec Saint Étienne contre Servette Genève crédit IconSport

Alors, qu’est-ce qui a fait pencher la balance pour les Verts ? « C’est mon lien inconscient avec Saint-Étienne et surtout le discours très séduisant d’André Laurent, qui m’a présenté un plan, qui me faisait signer 4 ans. Et puis c’était un président à la fois ambitieux et très humain et élégant. Dès le premier contact, j’ai été sous le charme. »

Malheureusement pour lui, l’aventure ne se passe pas comme prévu. Il ne joue pas l’Europe avec les Verts, ne retrouve pas l’équipe de France et est même plus tard, en 1993, évincé en coulisses par Jean-Michel Larqué1. Mais ça, c’est une autre histoire, qui n’est pas la nôtre.

À l’été 1990, le MHSC choisit finalement de récupérer Jean-Manuel Thétis au Racing Paris 1, relégué sportivement en D2 dans un premier temps, puis administrativement en D3 peu après. Arrivé en provenance de l’ancienne écurie de Lagardère en compagnie de Stéphane Blondeau et de l’entraîneur Henryk Kasperczak, Thétis restera sept ans dans l’Hérault, avec un prêt à l’OM en 1994-95. En 1990-91, aux côtés d’un Laurent Blanc indéboulonnable, il alterne dans le 11 de départ avec Michel Der Zakarian, défenseur rugueux comme lui.

Quant à Kastendeuch, après sa fin amère dans le Forez, il vit un exil forcé et galère d’une saison avec le TFC en 93-94 (descente en D2) puis retrouve Metz, son club de cœur, où il entame la seconde page de sa carrière, sûrement la meilleure : capitanat, lutte pour le titre avec Lens jusqu’à la dernière journée en 1998 (les Mosellans finiront deuxièmes à la différence de buts), coupe d’Europe, éclosion de Robert Pirès dans l’équipe…

Sa non-aventure avec Montpellier ne l’a pas empêché d’être à l’initiative, avec l’ancien Grenat et Pailladin Philippe Flucklinger, de l’hommage rendu par l’UNFP à Loulou en 2018. Et pour l’anecdote, c’est un ancien Pailladin qui mit fin à sa carrière par K.O. En effet, lors du Metz-Bordeaux de la dernière journée de D1 en 2000-2001, un centre de Jérôme Bonnissel atterrit en pleine poire de l’infortuné défenseur, dont c’est le dernier match. Inconscient, il dut être évacué à l’hôpital après seulement cinq minutes de jeu et raccrocha les crampons sur cette mésaventure.

  1. D’après Sylvain Kastendeuch, Jean-Michel Larqué lui aurait à l’époque tenu un double discours : alors qu’il lui aurait promis un rôle important dans l’équipe, il recruta finalement Laurent Blanc à Nîmes et aurait imposé au nouveau coach Jacques Santini de rétrograder le Lorrain en réserve le temps de le transférer. Jean-Michel Larqué, dont la duplicité supposée et le management brutal ne portèrent pas leurs fruits sportivement (léquipe finira 11e après avoir affiché ses ambitions européennes), laissa un champ de ruines derrière lui après son court passage d’une saison comme manager général de l’ASSE en 1993-94. Une gestion sportive sans queue ni tête, des joueurs fidèles poussés vers la sortie (Tholot, Bouquet, Pagal et Chaintreuil transférés à Martigues, Lambert à Rennes, Kastendeuch à Toulouse) et des salaires trop importants offerts aux recrues Blanc et Wohlfarth au regard des moyens du club : un cocktail qui précipita durablement Saint-Étienne dans l’abîme peu après. D’abord miraculeusement repêchés en 1995 après avoir terminé 18e, suite au maintien de l’OM en D2 malgré une accession acquise sur le terrain, les Verts ne purent compter sur un nouveau signe du destin en 1996, finissant avant-derniers. Ils ne goûteront à nouveau à l’élite qu’en 1999 avec Robert Nouzaret mais redescendront après deux saisons et ne retrouvèrent un semblant de stabilité qu’à partir de 2004.
    ↩︎

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