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Le projet de stade totalement fou de Rémi Gaillard

Sur la scène politique, on avait quitté Rémi Gaillard en 2020 après avoir constitué une improbable alliance entre le milliardaire Mohed Altrad, l’écologiste Clothilde Ollier et Alenka Doulain (aujourd’hui sur une liste LFI). C’était il y a six ans mais depuis qu’est-ce qui a changé ? L’évocation du COVID nous renvoie à un passé lointain, le MHSC n’a toujours pas de stade et joue en Ligue 2 mais surtout l’IA est en train de changer nos vies et ça se vérifie en politique !

Illustration à Montpellier. C’est à grand renfort de la technologie phare de la Silicon Valley que Rémi Gaillard nous a présenté son projet de stade. Alors c’est sûr, ça fait rêver. Pour mieux vous faire une idée, vous pouvez consulter le détail du projet sur le site nimportequi.com mais pour synthétiser : le stade-parc Louis Nicollin serait une enceinte de 25 000 places dont le sommet abriterait un jardin public, les gradins seraient partiellement enfouis pour limiter l’emprise de la structure et le toit serait rétractable, le tout rentrerait dans une démarche écoresponsable. Le Trublion montpelliérain promet aussi une salle de sport polyvalente pouvant accueillir des rencontre de haut niveau et évidemment, l’ouverture du musée Louis Nicollin. C’est tout ? Non, à cela, il faudra rajouter aussi un ballon captif aux couleurs de Montpellier inspiré de la Vasque des JO2024.

Évidemment, dans une campagne électorale les promesses n’engagent que ceux qui les croient et l’idée de Rémi Gaillard est sûrement de remettre le sujet du stade au centre des débats. Cependant, en éternels pragmatiques, nous avons voulu évaluer un peu le réalisme de la proposition.

Emprise au sol : Ce projet c’est quand même un stade de 25 000 places, un musée, des parkings, une salle polyvalente et des commerces. Avec une croissance démographique record à Montpellier et la construction de logements qui va avec, le site du futur stade-parc s’annonce compliqué à trouver. Une problématique qu’ont connue tous les projets de stade portés par les municipalités précédentes : Cambacérès, Ode à la Mer, Grammont ou le Parc des Expositions ont été annoncés comme emplacements, avec des complexités administratives improbables comme lorsqu’en 2019, le nouveau plan d’exposition au bruit (PEB) de l’Aérport de Montpellier a rendu inconstructible une partie des terrains prévus à Cambacérès.

Financement :

1/ Plan de financement : Rémi Gaillard prévoit que le stade sera financé par « le MHSC et/ou investisseurs et naming », que la Ville payera « le terrain et le cadre » et que le ballon captif sera financé « par un naming, une billetterie touristique et la privatisations ».

2/ Coûts et exploitation : Aucune estimation n’est fournie par Remi Gaillard mais le projet du stade-parc est d’une bien plus grande envergure que celui porté par le Groupe Nicollin jusqu’à septembre 2025. Peu importe, prenons les montants connus du stade Louis Nicollin. La famille Nicollin a tout fait pour essayer de limiter son coût entre 180 et 200 millions d’euros, contre 240 millions prévus initialement. Et pour cause, comme nous l’expliquait Jérémy Moulard, économiste du sport, même un stade à 200 millions d’euros suppose un amortissement de plus de 6 millions d’euros par an pendant 30 ans. Une somme qui ne peut être compensée que par les recettes de matchs et d’éventuels concerts, une fois les frais événementiels déduits. L’équilibre financier d’un stade privé est donc très compliqué à trouver.

3/ Investissements privés : Dans la situation économique actuelle du club, difficile d’imaginer donc le MHSC investir dans un stade. Quant aux investisseurs privés, il est bon de rappeler que le premier projet ne les avaient pas convaincus : les acteurs immobiliers s’étaient rapidement désistés, avant que la Banque des Territoires, filiale de la très sérieuse Caisse des Dépôt, qui devait apporter 100M€, ne se retire. C’est logique car, comme expliqué précédemment, l’équilibre financier d’un stade est très difficile à trouver.

4/ Naming : En étant optimiste, il est possible d’espérer obtenir un millions d’euros par an en naming. C’est plus ou moins ce que paye Decathlon à Lille. Sur ce sujet, il faut avoir en tête que le fait de donner une identité forte au stade en l’appelant Louis Nicollin est plutôt un repoussoir pour les marques qui préfèrent une coquille vierge (type Allianz Riviera, Matmut Atlantique).

5/ Investissement public : Rémi Gaillard prévoit un investissement public assez conséquent pour l’achat du terrain, le maintien du parc-jardin, et l’aménagement des accès. Il est bon de rappeler que même pour sortir un stade 100% privé comme le Groupama Stadium, il a fallu 220 millions d’argent public pour le rendre accessible.

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Vous l’aurez compris, il y a surement plus de chance de voir Montpellier gagner la Ligue des Champions que d’assister à un match du MHSC dans le stade-parc Louis Nicollin, tel que présenté du moins. Cependant, le projet de Rémi Gaillard a le mérite de mettre en lumière un angle mort de certaines propositions de stade : le devenir de la Mosson. En 2019, déjà, nous y avions consacré un article en présentant ce qui avait été fait à Nantes après la démolition d’une partie du stade Marcel Saupin.

[News] Quelle seconde vie pour le stade de la Mosson ? L’exemple de Marcel Saupin | AllezPaillade.com

Rémi Gaillard, lui propose d’utiliser la friche laissée par le stade pour en faire un « campus green tech », « des jardins partagés » et « un accrobranche géant ». C’est peut-être une nouvelle fois un peu trop ambitieux et irréaliste. Mais le rêve n’est-il pas le moteur de nos vies ? En tout cas, nul doute qu’il est celui de nos politiciens.

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