[Exclu AP] Mohamed Bouhafsi: “Un club qui grandit en se structurant de manière intelligente”

Dans le cadre d’un top of the Foot 100% MHSC, mercredi soir sur RMC, Mohamed Bouhafsi et Jean-Louis Tourre nous ont contactés pour promouvoir l’émission autour d’un entretien axé sur le MHSC. Nous remercions évidemment RMC d’avoir pensé à nous, de l’intérêt qu’il porte au site et à ses lecteurs.

  • Messieurs, que vous inspire le MHSC actuel?

Mohamed Bouhafsi : C’est un club vraiment bien structuré depuis plusieurs années. Un club qui a un esprit familial tout en étant très compétitif depuis quelque temps avec des joueurs formés au club, d’autres intelligemment recrutés dans des mercatos bien gérés. Un club qui grandit en se structurant de manière intelligente avec notamment le futur stade. Je trouve que quasiment tout est bien fait depuis quelque temps au MHSC.

Jean-Louis Tourre : Pour compléter, c’est un club à la fois familial et à l’ancienne. Le MHSC est un OVNI dans le foot business actuel. C’est géré en famille et en bonne intelligence avec Laurent Nicollin. Cela se ressent à tous les étages et notamment sur le terrain avec des joueurs qui ne sont pas dans le moule “centre de formation français”. Cela donne des joueurs un peu différents, qui se donnent à 100%, qui courent dans tous les sens. Des joueurs avec un parcours cabossé ou pas vraiment linéaire, mais qui sont très humbles. Les parcours de Delort, Savanier ou même Laborde ou Mollet, ne sont pas linéaires. Ça donne des joueurs attachants, qui donnent tout sur le terrain et qui contribuent à ce qu’on ait une bonne image de Montpellier

  • Avez-vous un chouchou au sein du club?

JLT : Celui qui vient tout de suite, c’est Andy Delort. Il dégage plein de choses. Déjà sur le terrain, ce qu’il donne… à l’arrivée, on pardonne beaucoup plus les lacunes à ce genre de joueurs. On sait qu’il ne va pas tricher, qu’il donnera tout jusqu’au bout et en plus, il met pas mal de buts. Et puis même en dehors du football, il est attachant. Quand il tweete pour soutenir les confrères de Téléfoot, c’est très sympathique, on sent que c’est un bon mec. Quand il faut se chauffer avec un adversaire il sait le faire aussi, comme avec ceux du PSG. Il est très attachant.

MB : Pour en citer d’autres, je dirais Florent Mollet et Téji Savanier, je les aime beaucoup. Mollet a l’air d’être un bon mec, qui s’exprime bien au micro et je trouve que c’est un joueur sous-côté de notre championnat. Il a une très belle qualité technique. Savanier a une facilité technique assez déconcertante et son parcours de vie cabossé comme on le disait tout à l’heure, en fait un joueur attachant. Le côté famille avec son quartier, c’est très touchant. Julien Landry avait fait un reportage poignant avec notamment son grand-père qui parlait de lui, c’était très émouvant, extrêmement sincère et très très beau. C’est un joueur à l’ancienne, qui sait tout faire. Il sait tirer les coups-francs, bon, les penalties en ce moment c’est pas ça mais il sait casser des lignes, marquer, je l’aime beaucoup.

  • Comment percevez-vous Michel Der Zakarian, parfois critiqué pour sa communication quelque peu “distante” ?

JLT : C’est vrai, mais moi ça me plaît. J’aime bien qu’il y ait des personnages en L1, qu’on ait pas le même profil de coach avec le même discours. Der Zakarian est comme il est, avec ses réponses. On a bien compris que ça ne l’éclatait pas de parler à la presse ou d’expliquer des choses, mais j’aime bien ce personnage. C’est sur que c’est compliqué de faire des sujets avec des petites réponses mais à l’arrivée, il y a des résultats.

MB : Ce qui est intéressant c’est de regarder son évolution tactique. Il a su se réinventer, s’adapter à cette nouvelle génération. Vu ce qu’on entend et ce qu’on sait, il a une bonne relation avec la plupart de ses joueurs. C’est un entraîneur à l’ancienne, la communication c’est pas son kiff ? Tant pis. C’est sur qu’on aimerait qu’il soit différent quand on est journaliste mais le plus important est qu’il fasse bien jouer son équipe et ça va plutôt bien du côté de Montpellier où on ne peut pas nier l’évolution de l’équipe depuis qu’il est à sa tête.

  • Après un bon début de saison et une période plus que moyenne, Montpellier semble relancé. Pensez-vous le MHSC capable de rivaliser dans la course à l’Europe?

JLT : Pourquoi pas mais, le problème c’est qu’on vient les voir et malheureusement pour les supporters qui nous lisent, après notre passage dans certains clubs, il y a eu une série catastrophique (rires). Je rappelle qu’on est allé à Rennes et Marseille avant leur campagne européenne… Ça a été un naufrage!

Je plaisante d’autant plus que je pense que la période compliquée a déjà eu lieu pour Montpellier avec une énorme série de matchs sans gagner. Aujourd’hui, ça va mieux avec 4 victoires consécutives. Finir en haut, ce serait bien car Montpellier est une belle et super équipe avec des joueurs attachants et qui développent du jeu donc j’aimerais bien. Mais les problèmes défensifs peuvent être un handicap. Le top 8 me parait largement accessible et comme dirait Rolland Courbis qui sera avec nous pour l’émission : “Tu peux avoir l’ambition de finir dans le top 8 mais pas forcément 8ème”.

MB : Il y a 5 équipes à 2 points, je vois Montpellier finir mieux que 8e mais la question reste de savoir où? Il faudra suivre Lens et Metz, voir s’ils peuvent perdurer. On surveillera aussi le réveil de Julien Stéphan à Rennes et l’arrivée de Sampaoli à Marseille. Montpellier offre plus de sérénité, de stabilité, rien ne dit qu’ils ne puissent pas se qualifier pour la Ligue Europa. Quand on est à 2 points de la 5e place, c’est jouable. Le retour de Savanier, celui à venir de Delort seront importants même si Mavididi a très bien compensé l’absence de l’Algérien face à Rennes.

  • Parlons un peu du passé. Le titre de 2012 est le plus grand souvenir des Pailladins. Quelle image en gardez-vous?

MB : Cette équipe-là dégageait une joie de vivre incroyable. Elle était belle à voir jouer, à écouter. Il y avait une sentiment de bonheur dans ce vestiaire assez fou qui transpirait sur les autres. Je me souviens du match à Auxerre où Montpellier gagne le titre à la dernière journée avec Utaka, ce dernier match à la Mosson également avec Giroud qui fait une passe décisive incroyable pour Aït-Fana. C’est une équipe qui faisait face à un gros PSG déjà à l’époque. Aït-Fana, Belhanda, Giroud, ces joueurs-là donnaient tout pour le collectif. René Girard a su tirer le meilleur de ces individualités pour créer un gros collectif, puissant et costaud. Cette équipe m’a beaucoup marqué, que ce soit sur l’état d’esprit ou sur le jeu.

JLT : Pour compléter car évidemment je suis d’accord, si on prend la question littéralement, l’image qui me vient moi, c’est Louis Nicollin aux cheveux teints (rires). Ça a marqué le football français car il y a tout dans cette image des plus attachantes encore une fois. Cela illustre le personnage qu’il était et ses excès. Montpellier c’est lui, on est obligés d’y penser. Mais ce qui est intéressant aussi, quand on revoit ces compos, c’est de regarder les parcours de ces joueurs qui ailleurs, hormis Giroud, n’ont pas retrouvé le niveau d’un titre national dans un des 5 grands championnats. Cela montre la force du collectif de ces joueurs sublimés qui n’ont jamais su retrouver ce niveau ailleurs. Évidemment, certains ont fait de belles carrières comme Stambouli, Belhanda, Bedimo, Utaka avant le MHSC, Hilton également. Dans ce genre d’épopée, soit on est portés par des joueurs vraiment au-dessus du niveau, qui rayonneront ensuite ailleurs, soit c’est la force d’un collectif et je crois que c’est le cas ici.

Pouvez-vous nous raconter un souvenir, une anecdote sur Loulou Nicollin justement ?

MB : J’ai un très beau souvenir, à mes débuts à RMC en 2012. J’organisais une interview croisée entre Loulou Nicollin et Nasser El-Khelaïfi. Ça avait lieu dans un salon dans Paris, et c’était magnifique de voir cette rencontre de deux mondes totalement différents, et deux hommes qui sont restés amicalement très très proches depuis ce jour, avec Nasser qui offrait régulièrement des maillots du PSG à Loulou. Il lui avait également offert des raquettes de Rafael Nadal. Je sais qu’il a été très marqué par la mort de Loulou Nicollin. Et plus personnellement il avait été adorable avec moi, d’une sympathie extrême, très taquin, chambreur à me dire “Bon quand est-ce qu’on démarre? Tu sais pas la gérer ta machine?” C’était un moment magique.

J’ai une anecdote aussi lors d’un MHSC-PSG que quelqu’un du Paris Saint-Germain m’a racontée il y a quelques mois. Loulou ne voulait que des maillots portés. Si le joueur était sur le banc, ça ne l’intéressait pas, il les refusait, il fallait qu’ils aient transpiré. Et ce jour-là, entre les échanges des joueurs etc, il n’y avait plus de maillot pour Loulou Nicollin. Alors le PSG à un moment, a décidé de mettre du champagne pour imiter la transpiration avant de les frotter sur la pelouse. Ils ont donné le paquet à Loulou qui l’a senti et qui a dit : “Mais vous êtes tous en train de me carotter ça sent pas du tout la transpi, j’en veux pas!” Il avait quelques petits dérapages mais c’était un homme atypique qui a fait évoluer le football français. On sait tous son amour pour le foot féminin notamment, il nous manque aujourd’hui.

JLT : Ce qu’on peut mettre en avant aussi c’est la passion pour le sport. On pense à son musée, sa passion pour le sport, les sportifs et tous ces objets de sport, c’est extraordinaire. J’ai peur que ça se perde de plus en plus et il était un des garants de cette passion. Sinon, je n’ai pas d’anecdotes particulières, mais on avait une relation avec lui qui été très simple, il pouvait répondre à tout le monde sans passer par un attaché de presse. Bon, il pouvait aussi vous envoyer balader si sur le moment il avait pas envie, mais c’était sincère (rires).

Au tour d’une autre figure du club, Rolland Courbis?

MB : Dans ma jeunesse, cet OM 5-4 MHSC… cette discussion à la mi-temps avec Mézy et Loulou, leur disant qu’il allait gagner 5-4, c’est un des plus grands souvenirs de notre championnat qui illustre tout ce qu’est Rolland Courbis : la capacité de prendre 4 buts en étant nul en première période, la capacité de faire une causerie mythique et la capacité derrière de gagner 5-4. Et à la fin du match, il rentre direct aux vestiaires, après avoir “salué” certains supporters qui l’envoyaient au fond du gouffre. Il marche seul, tout droit dans les coursives du Vélodrome, l’image est incroyable.

JLT : Un jour, je ne sais plus pourquoi, j’avais défendu Geoffrey Jourdren à un moment où cela n’allait pas trop avec Courbis qui lui préférait Pionnier ou Ligali. Je ne me souviens plus précisément du contexte mais je me souviens en avoir entendu parler ensuite pendant des semaines et des semaines où après chaque match Rolland m’appelait pour me débriefer la prestation de Jourdren, car il ne comprenait pas que je puisse le défendre. Et quand il veut vous expliquer quelque chose, il faut prendre le temps de l’écouter car parfois cela peut être long, mais c’est toujours intéressant.

MB : Avec Montpellier un jour, il m’appelle à la veille d’un match à Marseille, en me demandant de passer à l’hôtel des joueurs où ils séjournent pour la mise au vert. “Passe me voir mon chéri, même si ça me fait chier de pas pouvoir sortir aller au restaurant manger une bouillabaisse de chez Michel” On était à la veille d’un match très important et il était tranquillement assis avec deux de ses amis marseillais et il m’a dit “t’inquiète pas, demain on va battre l’OM 2-0” et le lendemain, ils gagnent 2-0 avec tout le scénario qu’il m’avait décrit “Bielsa va vouloir attaquer fort, montrer qu’il est le boss en début de saison.” Il avait tout prédit.

  • Quel est le programme de cette émission autour du MHSC, demain sur RMC?

On se déplace et consacre donc deux heures d’émission au MHSC. On croise les doigts mais on devrait avoir un bon casting orange et bleu, avec les meilleurs clients du club que ce soit le président ou les joueurs. Il y a pas mal de choses à aborder et on amène Rolland Courbis avec nous pour son retour à Montpellier, ce qui promet deux heures sympa à écouter.

Encore un grand merci à RMC et à Mohamed Bouhafsi et Jean-Louis Tourre pour leur intérêt, leur disponibilité ainsi que leur gentillesse à l’égard de la communauté AllezPaillade.com.

 

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