Pailladins d’ailleurs #5 – Jean, le mur Héraultais de Berlin

Stambouli, Bensebaini, Roussillon, Mukiele puis Skhiri, autant de Pailladins qui ont décidé de traverser le Rhin pour voir si l’herbe n’était pas plus verte en Allemagne. Jean, lui, avait rejoint la Bundesliga avant qu’elle ne soit hype, au début des années 2000. « J’ai des origines allemandes, et à tout juste 18 ans, je suis parti étudier le droit en Allemagne. Pour suivre le MHSC, c’était la galère. A l’époque, le streaming n’existait pas. C’était la première fois que j’avais accès à une connexion internet, ça m’a tout juste permis d’avoir les résultats. »

Avant l’expatriation, ce traducteur de 37 ans a bien côtoyé les travées de la Mosson. « Mes premiers vrais souvenirs c’est la génération post-Valderamma et Cantona : les Bonnissel, Sanchez, Ziober, Lefèvre… C’était une période un peu spéciale, on était en travaux pour préparer le stade pour la Coupe du Monde 98. » De cette époque, il garde les bons moments, ceux de l’enfance, comme quand Jérôme Bonnissel avait stoppé sa voiture en pleine route pour lui signer un autographe ou lorsqu’il avait vu Christophe Sanchez débarquer dans le vestiaire de son équipe du Gazelec St Martin, ou enfin cette sombre histoire de voitures Daewoo : « C’était la saison 94-95 : je suis gamin, je passe mes journées à Grammont à faire du tennis et du skate. À l’époque, on pouvait jouer sur les terrains d’entraînement du club d’ailleurs. Bref, un jour, je débarque de mon cours de tennis, je vois 20 Daewoo grises métallisées. Des bagnoles vraiment ignobles. Un truc de concessionnaire. En fait, Daewoo était notre sponsor cette année-là, ils avaient filé une caisse à chaque joueur ». En revanche, côté traumatisme, il n’a toujours pas digéré « le derby le plus traumatisant de l’histoire de la Paillade, celui de 1996 ». « On s’est fait charrier pendant des années après avec leur chanson. Moi, j’étais vert parce qu’on avait perdu contre Auxerre deux ans avant, je voyais déjà notre revanche. Je me disais contre une National 1, il n’y a pas de raison que ça ne passe pas. J’ai encore une VHS du match, d’ailleurs. Sûrement, mon côté maso ».

Avant d’atterrir en Allemagne, il fait une étape à Lille, où il suit Montpellier en Ligue 2 : « Je me rappelle d’un match contre Wasquehal en Ligue 2. On devait être en tout 150 spectateurs, au stadium Nord, qui est un immense stade. On avait fait 1-1 avec un vieux but de Maoulida. J’avais pu rejoindre les supporters en déplacement et quasiment la moitié du public ce jour-là : c’était des mecs de la Paillade, torse nu alors qu’on était en janvier. »

Bon et l’Allemagne alors ? Il s’y stabilise, il y a 11 ans lorsqu’il s’installe à Berlin. « Pour suivre les matchs, il y a un concept qui n’existe pas du tout en France : ce sont les bars à paris. C’est un truc tenu par des Turcs. Ils ne vendent pas d’alcool, l’ambiance c’est plus thé et chicha. Mais en fait, il y a énormément de TV, tu peux voir n’importe quel championnat même de la D2 Bulgare. L’idée c’est de pouvoir parier sur le match que tu mates. » Pratique pour voir les matchs, donc, mais pour avoir des débats enflammés sur la Paillade c’est plus compliqué. « J’ai eu un coloc’ marseillais, puis surtout des potes français soit pour Paris, soit pour Marseille. Et mes potes allemands… ben, ils sont pour Stuttgart. » Ce qui ne l’empêche pas de se balader un peu partout dans la ville avec les couleurs du club. Comme lors de l’année du titre : « J’étais à Berlin, en coloc’ avec un Français qui s’en foutait du foot. Il m’a vu devenir fou sur le but d’Aït-Fana, il ne comprenait pas pourquoi j’étais en larmes. J’ai pris ma bagnole avec mon maillot Deviq en klaxonnant, personne ne comprenait. » Mais sa plus grande fierté est d’avoir soulevé la coupe des start-ups de Berlin avec le maillot 1996-1997 de la Paillade. Un trophée de plus à mettre au musée Nicollin à côté de la coupe de France 90 et de l’Hexagoal 2012.

Cherchez l’intru
Dimitry Bertaud en sueur

Un peu fétichiste, Jean a gardé plein de bidules estampillés du logo du club : l’écharpe LDC 2012-2013, un fanion pour son rétroviseur, mais aussi … les fiches du journal de Mickey qui ont bercé son enfance. “T’as Barrabé qui explique qu’il rêve de jouer en Italie et de gagner la Coupe du Monde, celle de 94 de Rizetto le présente même comme le futur Giresse” glisse-t-il avec un brin de malice.

Ah au fait, quand Jean n’est pas occupé a mater la Bundesliga, il passe son temps à composer. En 2017, il sort un premier EP : “Un segway nommé desir“. La pochette ? Carlos Valderrama avec son short floqué TATI bien évidemment.

D’ailleurs vous ne le savez peut-être pas mais vous avez sûrement déjà croisé Jean sur ce site. Il signe ses commentaires sous le pseudonyme Javary , en hommage au joueur. “Quand je l’ai vu débarqué, je me suis dit : ‘il va tout casser‘. Il était capitaine en Gambardella, il est capitaine de l’équipe de France jeune avec Aneka, Trezeguet … Et en fait, le mec prend un cigare. Il y a le Barça qui se positionne sur lui, mais finalement il signe à l’Espanyol. Il fait 18 clubs en 17 saisons pour finir en D3 écossaise. Le mec a hyper mal géré son talent, c’est impressionnant. Après mon autre chouchou, c’était José Luis Villareal, on avait un finaliste du mondial 90, bordel. Il arrive de River en plus, si c’est pas la classe

Vous retrouverez Jean régulièrement sur ce site puisqu’il écrit la chronique Die Palladiner sur nos Héraultais en Bundesliga. En attendant un nouvel épisode, vous pouvez toujours consulter les précédents numéros de Pailladins d’ailleurs :

#1 : Rémi, Lys-Les-Lannoy (59)

#2 : Jérôme, Vanvey (21)

#3 : Antony, Tourcoing (59)

#4 : Lionel & David, Winnipeg (Canada)

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